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15 Nov

Dans la maison

Publié par Bé@  - Catégories :  #à lire - à voir

Une fois n'est pas coutûme, je suis allée au cinéma hier en solo car je tenais à voir le dernier film de François Ozon "DANS LA MAISON" et le joli vieux théâtre qui sert de salle à Utopia le projetait. Bien calée dans un fauteuil de velours rouge, dans cette mini salle aux poutres pochées de fleurs de lys, j'ai embarqué dans le monde d'Ozon, grâce aux conseils de ma cousine Nouchka.

 

Première image : des lycéens façon Grands-Bretons, portant veste classique à blason et uniforme, s'agglutinent à l'entrée du lycée Flaubert (le tournage s'est fait au lycée Emilie du Châtelet, à Serris - Val de Marne). L'image accélère. Ils rentrent. Puis on voit Fabrice Luchini dans la peau d'un prof de Français qui assiste, désabusé, à une réunion de profs. Je remonte dans le temps : ce prof ressemble beaucoup à celui que j'avais en Terminale. En ce qui conerne la tenue vestimentaire des élèves, pour ma part je ne suis pas passée du libre choix à l'uniforme mais bien l'inverse ; je ne portais plus au lycée l'uniforme bleu marine qui était obligatoire au couvent et qui me sortait par la tête. Signe des temps, l'ouverture prônée dans les années 60 s'est transformée, dans les années 2010, en "resserrage".

 

dans-la-maison.jpg

 

L'uniforme, c'est important pour l'histoire, cela met au même niveau tous les étages sociaux. Et c'est ce point qui va permettre l'intrusion d'un élément critique dans la narration. Un élément qui s'illustre par un regard extérieur, différent. Car il s'agit bien de narration. Germain Germain (cela vous rappelle sans doute le Humbert Humbert du "Lolita" de Nabokov), est un prof déçu, voire frustré, qui n'attend plus rien, Claude, un élève sûr de lui. Trop sûr de lui. Et manipulateur. Il s'immisce dans la vie d'un autre, de façon froide et perverse, pour utiliser dans ses rédactions la moelle d'un récit toujours plus troublant. Encouragé à aller plus loin par son professeur, qui le manipule aussi plus ou moins consciemment, il finit par déstabiliser son mentor après avoir détruit l'amitié autour de lui. Mais il reconstruit, d'une certaine façon, ce qu'il a détruit, comme un marionnettiste qui défait une marionnette pour en fabriquer une autre plus à son goût. D'élève, Claude devient professeur. Professeur de voyeurisme dans la vie des autres. Ce que Juan Mayorga, l'auteur de la pièce "Le garçon du dernier rang", dans laquelle Ozon a puisé cette histoire, a certainement voulu souligner pour mettre en exergue cette idée de l'auteur-voyeur. Mais aussi, à n'en pas douter, l'idée du lecteur-spectateur-voyeur.

 

 

De la réalité à la fiction romanesque, il n'y a qu'un pas et ce pas est allègrement franchi par le lycéen Claude Garcia que campe un Ernst Umhauer très à l'aise. Que dire de mon impression ? Je n'ai pu qu'apprécier le jeu d'acteurs tels que Luchini que j'adore et le jeune Umhauer, acteur déjà accompli, ainsi que Kristin Scott-Thomas et Emmanuelle Seigner, sans parler de l'apparition-minute d'une Yolande Moreau en double ou d'un Jean-François Balmer en proviseur convaincu. Quant au scénario, rien à dire, impec. Pour ce qui est de l'enrobage, disons que c'est du Ozon et on aime ou on n'aime pas. Moi j'aime bien ce décor dans le décor, cette théâtralité embarquée dans la mise en abyme. Film utile ? Qui sait ? Agréable ? A n'en pas douter. Esthète ? C'est certain.

 

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