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10 Jan

Etre ou ne pas être

Publié par Bé@  - Catégories :  #Humeur

 

Partout ! On en voit partout ! De quoi ? Eh bien des affichettes qui reprennent le slogan lancé, le 7 janvier dernier, par Joachim Roncin, sur son compte Twitter :

 

soyunjornal.jpg

 

Le sens ? A l'origine, une indignation épidermique et brutale après avoir entendu la nouvelle de l'attentat meurtrier contre plusieurs membres de la rédaction du magazine Charlie Hebdo. On imagine la scène. On imagine la Cène (ils sont 12 a être abattus, comme étaient 12 les apôtres autour de la table avec le Christ). Les tweeteurs reprennent et multiplient. D'autres réseaux et la rue s'en emparent. La compassion est grande, tout le monde ou presque se sent visé voire atteint. A l'instar du Indignez-vous de Stéphane Hessel, ce Je suis Charlie est une banderole qui en dit long... tout en étant peu explicite.


Pourquoi cette affiche ? D'abord pour montrer la solidarité avec un organe de presse touché par un acte tragique et insensé. Et puis pour dire combien on est abattu par la nouvelle de l'assassinat de rédacteurs, dessinateurs, policiers et personnes ayant un autre statut. Pour les dessinateurs, leur seul acte d'accusation : des portraits tirés au crayon à répétition pour se rire de l'extrémisme fanatique. En oubliant peut-être que représenter l'image de Dieu (qu'il soit ou non à la nôtre) est un tabou très puissant. Ou plutôt en n'osant pas imaginer les réelles conséquences de ces coups de crayons tracés presque légèrement. C'est là qu'entre la notion de liberté puisque l'on parle -et l'on croit protéger- ce que l'on nomme Liberté de la presse. Mais de quelle liberté s'agit-il ? De quoi parle-t-on ?


Certes, la liberté est un concept qui orne les devises de nos mairies, c'est un des pilliers de notre République et on y tient. On se surprend à fredonner "Ma liberté" de Georges Moustaki :


Ma liberté, longtemps je t'ai gardée comme une perle rare

Ma liberté, c'est toi qui m'a aidée à larguer les amarres...


(J'adore) Liberté, liberté chérie... (qui ne colle pas avec "Egalité", ceci dit, lorsqu'on y réfléchit).

Mais ne nous leurrons pas : oui, la liberté fait propre et net, Touche-pas à mon pote et Ma liberté de penser. Pourtant, elle englobe tant de visions que l'on devrait la mettre au pluriel pour dire LES libertés, scindant par là-même la liberté de pensée et celles d'action, de religion, de philosophie, que sais-je encore.


La question qui revient inexorablement lorsque l'on ose mentionner ce nom si précieux, presque sacré pour notre terreau sécularisé, est la suivante : y a-t-il des limites à cette liberté ? Nous y voici. Peut-on impunément déféquer sur le portrait de Mère Thérésa, cracher sur l'image de Staline, brûler le drapeau des Etats-Unis ou mettre à la poubelle celui de la Corée du Nord, ou encore pisser sur le visage d'une péripatéticienne ? Peut-on, sans conséquences, traiter Monsieur le Premier ministre de J'en foutre, lancer un "Casse-toi, pôv con !" à un simple quidam dans la foule ? A-t-on le droit de ? Le droit ? La liberté ? Je sens d'ici les poils qui se hérissent, l'adrénaline qui monte. Mais où se trouve-t-elle, cette limite ? Parce qu'il y en a forcément. La preuve : on n'est pas libre d'assassiner ou plutôt notre liberté nous permettrait-elle de le faire du moment où nous serions ensuite punis de cette atrocité ? Les actes, s'ils sont interdits par la loi, restreignent donc cette liberté. Qu'en est-il lorsqu'ils sont interdits par la morale ? Et qui se posera garant de la moralité ? Car ce qui est moral ici ne l'est pas là (et inversement). N'oublions pas non plus que les "garants" d'une moralité sont trop souvent, hélas, des censeurs abusant de la censure pour leur ascension propre et que certains d'entre eux n'hésiteront pas à faire utiliser la violence et la haine au nom de cette même morale. A n'y plus rien comprendre !

 

presentez crayon


Ce qui me trouble avec les réactions de "premier jet" de la foule -dont je fais partie, notez bien- c'est cette propension à vite porter en bannière un slogan sans aller gratter pour voir ce qu'il y a dessous. Sous les pavés, la plage, pouvait-on lire en 68. Mais Sous la plage ? N'y aurait-il pas quelques pavés cachés ? La liberté d'expression, c'est bien, c'est même primordial. Mais jusqu'où ? N'y aura-t-il personne pour oser, même à voix basse et derrière un arbre, lancer un petit mot du genre : "Rien ne justifiera jamais les atrocités commises, mais cessons de protéger des abus de liberté, abus qui ne mènent bien souvent qu'à de violents sentiments d'écrasement, ou à des actes de barbaries en réplique -inappropriée- à ce qui est ressenti comme un assassinat moral" ?. Est-on condamné à passer pour un extrémiste de droite ou de Dieu si l'on pense ainsi ? La morale a-t-elle raison d'être foulée avec entrain et délectation ?


Que de questions, que de questions ! En attendant, j'en appelle à votre bon sens : est-il logique que la loi oblige à publier des droits de réponse à un article et non pas à une caricature ou un dessin malveillant (même si drôle et intelligemment présenté) ? J'ai beaucoup de peine pour les rescapés de Charlie et leur famille, leurs amis. Beaucoup. C'est sincère. J'ai aussi un sentiment d'horreur vis-à-vis des actes commis par ceux qui ont apporté cette terreur. Pour autant, bien que je chérisse la liberté d'expression et donc celle de la Presse, je me dis qu'il faut ouvrir les yeux et tenter de comprendre que des images peuvent être ressenties comme des coups de mitraillette. Un tout petit peu plus de bienveillance ne ferait sans doute pas de mal...

 

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Ma di na 17/01/2015 10:46


Voilà qui est bien dit !


Et, par la même occasion,  merci pour votre visite sur mon blog !

Bé@ 17/01/2015 17:10



Cette visite m'a ravie et je suis contente d'avoir découvert une autre passionnée.



bresset 14/01/2015 17:19


bravo béa pour ton article sur "je suis Charlie" plein de sagesse et de profonde intelligence.


Je suis fière de toi. 


Simbad

Bé@ 15/01/2015 12:12



Merci pour ce compliment venu du coeur.



mounic 10/01/2015 21:10


je te suis...Et je me range aux côtés de Zaza....Cet amalgame me fait très peur. Sur Face Book, dans les mails que je reçois, je vois cette montée de haine! Chacun est libre de choisir sa
religion. Les fous qui ont tué tous ces gens n'étaient pas entrés (!) en religion... Ils étaient entrés dans le fanatisme, la folie, la guerre.... Pourvu que cela se calme! Que Dieu nous garde de
ces malheurs qui planent sur notre pays, et sur nos enfants. Bisous ma belle, de mémé bien inquiète.

Bé@ 15/01/2015 12:12



Mounic,


Le fanatisme n'est pas l'apanage des religieux uniquement, certains satiristes se comportent aussi en fanatiques mais leur extrémisme ne va pas du même côté que celui que l'on pointe du doigt
aujourd'hui. Gardons-nous des extrêmes et nous retrouverons l'équilibre qui permet la paix.



Dr WO 10/01/2015 16:44


En effet, beaucoup de questions. Ce que j'observe est que la liberté d'expression tend à se restreindre. Dans le passé on pouvait dire et écrire des choses que l'on interdirait aujourd'hui :
justice, associations, diffamation etc...la liberté s'use si l'on ne s'en sert pas.


Dr WO

Bé@ 15/01/2015 12:08



Bonjour Doc,


Oui, elle se restreint dans certains domaines, mais pas partout, notamment pas dans les écoles, apparemment, puisque rien n'a pu empêcher des élèves de siffler et huer la minute de silence en
mémoire des morts. Ces enfants ont sans doute des parents qui leur ont transmis une façon de voir les choses qui n'est pas forcément un modèle de liberté.



ZAZA 10/01/2015 16:35


Je comprends ton questionnement Béa, et effectivement un droit de réponse pourrait être autorisé vis à vis d'un dessin satirique.


Le propre de l'homme est aussi de se moquer et de tourner en dérision des évènements complètements déconnnants. Le coran, comme la bible et la thora ont été maltraités par ces dessinateurs et ce
n'est pas pour autant qu'ils ont protesté et qu'il en sont venus aux armes. Actuellement il s'agit d'un groupe de fanatiques qui a des cibles en occident et notamment sur le territoire français,
principal allié de l'oncle SAM dans les conflits actuels. Ce sont des dommages collatéraux, hélas.


Par contre je me bats contre l'amalgame qui est fait entre les français de confession mululmane et ces fanatiques d'Allah. Si ceux qui amalgament n'arrivent pas à se maîtriser, nous aurons une
guerre civile en France. On ne peut pas chasser 6 millions de musulmans français impunément, ou alors, nous allons revivre les évènements du 17 octobre 1961.





Bises et bonne fin d'après midi. ZAZA



Bé@ 15/01/2015 12:04



Hello, chère Zaza


Tu écris que "ce n'est pas pour autant qu'ils ont protesté et en sont venus aux armes". Qui donc est ce "ils" ? Il y a pourtant eu beaucoup de protestations émanant de diverses opinions tant
religieuses que morales et pour ce qui est d'en venir aux armes, il était bien question de fatwa (en atteinte aux Droits de l'Homme et à la liberté d'expression) , non ? Et c'est bien pour cela
que certains de ces dessinateurs étaient protégés par des gardes du corps (ce qui ne leur a, malheureusement, pas été d'un grand secours). Je n'approuve pas du tout mais je ne peux pas soutenir
aveuglément des extrémistes, de quel bord qu'ils soient et quelle que soit leur arme. La satire, si elle n'ôte pas la vie et si elle peut être saine et amusante, peut parfois faire de grands
dégâts. Question de degré, de limites. Que penses-tu, par exemple, du dessin qui montrait un homme, pantalon baissé et avec des signes religieux (croix, tora, coran) insérés dans son arrière
train ? N'est-ce pas aller un peu trop loin ? Le respect est-il une valeur qui n'a plus droit de cité dans notre société ?



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