Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 Feb

Histoire vraie d'une dictature ordinaire - 1

Publié par Bé@  - Catégories :  #à lire - à voir

 

J'ai l'immense plaisir de vous faire partager un billet humoristique écrit par ma cousine Laurence. Impossible de résister aux subressauts intempestifs des zigomatiques. Sentez-vous cette fraîcheur de plume, trempée à l'encre des souvenris de Colette et de George Sand ?

 

 

Nos animaux familiers…

Histoire vraie d’une dictature ordinaire

Billet humoristique sur l’esclavage moderne que nous font subir nos animaux de compagnie

 

Première partie :

 

le voyage en voiture

 

Sitôt installée à l’arrière du véhicule, frétillante et soulagée, Douce, notre épagneule, nous gratifie d’un vice perfide et muet. Nous ouvrons grand les fenêtres tandis qu’elle se tourne vers son postérieur avec une mine surprise. « Est-ce donc moi qui ai fait ça ? » semble-t-elle penser.

 

Notre amusement mêlé de dégoût pour cet intermède odoriférant nous distrait un moment. Nous oublions juste que l’épisode va se renouveler plusieurs fois durant le trajet.

– Pense à la faire voyager à jeun la prochaine fois. – Elle a mangé un os hier soir ?

 

Mais, à Douce, nous pardonnons tout. Nous sommes d’une indulgence sans limite pour cette vieille toutoune trouvée abandonnée dans notre banlieue pourrie. Après trois semaines passées dans une fourrière sordide, elle débarquait à la maison, reconnaissante, amoureuse, bien élevée semble-t-il par ses anciens propriétaires. Elle déborde d’affection et nous le lui rendons bien.

 

la-douce-baba.jpg

 

La Colonelle, la minette de 20 ans installée dans sa boîte sur le siège arrière, vocalise dans la tessiture d’une contralto qui se serait pris les doigts dans la portière. Non, ce n’est pas la mélodie du bonheur, c’est répétitif, régulier, profond, agaçant… et crescendo.

 

Sa congénère, la Petite Frappe, lance ponctuellement une plainte aigüe pour parachever le duo des chats.

 

S’il nous arrive de voyager en camionnette, les deux greffières sont alors cantonnées à l’arrière dans leurs boîtes respectives, mais leurs récriminations percent tout de même jusqu’à l’habitacle pendant que Douce, avec nous devant, se vautre lascivement, s’étale et s’étire entre le conducteur et sa passagère, se ménage une place confortable en nous poussant de toutes ses longues pattes. Me voilà recroquevillée contre la portière, quoi de plus naturel ?

 

Vite. Il faut faire vite, le trajet doit être le plus court possible car les damoiselles chat souhaitent se dégourdir et compléter ce qu’elles ont négligé le matin du départ.

 

Aux aurores, tapies sous un lit ou un canapé, elles redoutaient le moment fatidique de la capture et la mise en boîte manu militari. Elles connaissent bien le rituel : bagages en vue, précipitation… il est temps pour elles de se faire oublier. Alors que Douce, affolée elle aussi par ce départ imminent, se collait à nos jambes en suppliant « Eh, ne me laissez pas ! ».

Partir avec ses animaux « de compagnie » : c’est une nouvelle galère à chaque fois, un sujet de discorde et de disputes :

« Si on avait pas eu les bestiaux, on aurait pu : faire un détour par Saint-Paul-Trois-Châteaux, par Avignon, visiter Nohant, déjeuner à Villeneuve-de-Berg, dans un bouchon Lyonnais, à Vienne, allumer un cierge à Notre-Dame-du-Port à Clermont, flâner dans Issoire, acheter des saucissons, boire un petit verre de pouilly à Pouilly… Nous sommes leurs esclaves ! »

 

Lorsque nous nous arrêtons brièvement sur une aire d’autoroute (il faut bien se fournir en carburant, nous soulager, puis avaler au lance-pierre un sandwich sur le capot de la voiture), je m’aperçois que d’autres automobilistes trimbalent aussi leurs animaux de compagnie. Ouf, nous ne sommes donc pas seuls.

 

L’arrivée dans la maison froide

 

Il n’y a guère que Douce le clébard pour apprécier pleinement ces transhumances, peu lui importe où nous nous rendons puisque nous sommes avec elle, et que nous ne l’avons pas oubliée sur le pas de la porte ce matin. Nous ne l’avons pas non plus attachée à un arbre.

Sitôt arrivée dans la maison de famille auvergnate, glacée et poussiéreuse, la Petite Frappe file se cacher comme pour échapper à une nouvelle torture. La Colonelle, accroupie, dépose un pipi bruyant dans la litière que j’ai pris soin de préparer avant la remise en liberté. Sa besogne terminée, elle reprend ses lamentations de plus belle pour obtenir, cette fois, le solde du casse-croûte à peine touché avant le départ. Tyran !

A l’extérieur, Douce se délecte d’odeurs nouvelles, sa truffe scanne la terre. Son moignon de queue vrille d’excitation. Tant de bonheur ! Une véritable extase olfactive. Elle lape sans retenue, à grands coups de langue, sa gamelle d’eau fraîche, inonde le sol puis repart au petit trot finir d’inspecter les alentours.

 

A 17 heures tapantes, trois paires d’yeux implorants viennent se planter dans les miens (c’est angoissant). On ne tolère aucun écart d’horaire pour une nouvelle distribution de croquettes, on ne déroge pas aux lois de l’estomac vide. Le ton (le duo des chats reprend du service sur trois octaves) est comminatoire, péremptoire, l’ordre est implacable. Alors je m’exécute. C’est ma façon de leur faire admettre ce changement de lieu, elles reprendront vite leurs marques, tout ira mieux ensuite.

 

Enfin peut-être vais-je pouvoir m’acquitter des quelques taches domestiques qui m’attendent dans cette vieille demeure inoccupée depuis des mois. Je sais d’ores et déjà que cette nuit, je dormirai prise en étau entre mes deux chattes, une de chaque côté s’il vous plaît. Je soupire.

 

Puis la Colonelle se lèvera dans la nuit, ira, comme à son habitude, se poster devant sa gamelle d’eau et brailler de sa voix rauque et déformée par l’âge avant de lamper longuement. Ce qui ne manquera pas de nous réveiller en sursaut. La récidive sera régulière et tout aussi tonitruante.

La sénilité couplée à la surdité pousse parfois les animaux à faire des choses étranges, qu’y pouvons-nous ?

 

Opportuniste, la Petite Frappe profitera de l’entracte nocturne : elle se glissera discrètement vers ma tête et me plaquera sa truffe humide et froide sur la bouche. Ses moustaches s’inviteront sans complexe dans mon nez, dans mes yeux. Et la machine à ronrons se mettra en route. Quelle puissance, quel coffre ! Enfin, elle se lovera contre moi sous la couette. Bon, je peux poursuivre ma nuit, là ? S’il vous plaît.

 

Au matin, il y a un endroit que, comme chacun d’entre nous, je dois visiter au plus vite. Il me faut pour cela descendre un étage et ouvrir au total sept portes en courant presque. C’est le parcours du combattant dominé par les lois de la nature. Douze pattes m’emboîtent le pas, tout aussi véloces. Celles de la chienne font tiktiktiktik sur le parquet. On ne peut même pas pisser tranquille. Les deux greffières ont la queue dressée vers le plafond, il va forcément se passer quelque chose. « On a faim ! On a faim ! » scandent-elles en choeur.

 

C’est reparti, une nouvelle journée commence, ponctuée de réclamations en recommandé ayant le même objet.

 

J’ai bien pris soin d’ouvrir la porte à Douce afin qu’elle puisse vidanger au plus vite le surplus de sa vessie. Mais cela ne suffit pas. J’adorerais prendre le temps d’un café/biscotte sans que l’on me taraude pour aller cavaler dans le parc de bon matin. La biscotte beurrée attendra.

 

Ces dames félines ont froid. Ces dames sont frileuses. Soucieuse de leur petit confort, je tire deux chaises contre le radiateur, je les garnis d’un coussin bleu sur lequel elles iront se caler pour entamer la grasse matinée qu’elles ne m’ont pas accordée. Esclaves nous sommes, je vous le dis.

 

les-greffieres.jpg

 

Pendant que les griffues achèvent leur nuitée le dos aimanté au radiateur, Douce nous surveille. Elle sait. Elle attend l’échéance, le moment douloureux où il nous faudra l’abandonner lâchement, la laisser à son triste sort. Là. Seule. Perdue. Une lueur dans ses immenses yeux noirs nous supplie. Sa détresse nous ferait presque fléchir.

« Douce, on va faire des courses. Pas longtemps, promis. Tu ne peux pas venir. »

Le temps de remplir un caddie au grand galop et d’attraper une baguette au vol chez le boulanger, nous rentrons dare-dare, vroum tagada.

 

Derrière la porte, Douce est au désespoir : hooouuuuuuuu ! Tiens, je ne savais pas que cette chienne était une louve. Les retrouvailles sont au-delà de tout ce que l’on peut imaginer. On piaille, on hulule, on glapit, on bouscule, on danse, ce n’est plus le moignon de queue qui frétille, c’est tout l’arrière-train. C’est la fanfare, les flonflons et les confettis. On aurait envie de lui demander pardon pour lui avoir causé tant de stress. Et ça dure !

 

« Ok, ok. On redescend dans le parc, une balade te fera oublier cette mauvaise expérience. Cet après-midi, je ferai l’impasse sur le siestou que je comptais m’octroyer pour t’emmener en forêt, puis nous longerons la rivière que tu aimes tant.»

 

En remontant, je pose le pied sur une masse gluante étalée à côté d’une gamelle. La Colonelle a vomi son petit-déjeuner.

Dans la chambre, une odeur âcre mais néanmoins familière me rappelle que les chats sont vengeurs et rancuniers. Mon sac à chaussures est inondé, le parquet aussi.

 

Résignés, nous réalisons qu’il en est et qu’il en sera ainsi tous les jours. Que nous soyons en « vacances » ou pas, les mots qui nous viennent à l’esprit face à cette coalition animale sont : sacrifices, obéissance, subordination, observance, docilité, discipline, servitude, aliénation, joug, asservissement, prosternation… et j’en passe. Notre rébellion est vaine face à la dictature et il y a longtemps que nous avons abdiqué.

 

Sales bestiaux, tyrans domestiques, existe-t-il un numéro vert pour les maîtres esclaves ? Vous crevez quand ? Je vous remplace par des peluches.

Allez. On vous aime quand même, va. Et même un peu trop. Tant pis pour nous. On l’aura bien cherché.

 

 

Fin de la première partie.

_______________________

 

 

Commenter cet article

mounic 21/02/2015 16:03


ah ! j'ai adoré...Mais je n'ai jamais ces problèmes! Ma chienne et mes chats vagabondaient dans le jardin, et dormaient dans le garage. Personne dans la maison...Mais bon, le garage...était
chauffé l'hiver ! (chut pépé ne sait rien!) Maintenant ,je n'ai plus qu'un chat. Qui vit au même endroit; plus les chats des voisins qui viennent se substanter chez moi...je me fais vieille!
 gros bisous dit mémé

Lau 20/02/2015 17:09


Notre belle Colonelle, qui a partagé 20 ans de notre vie, vient de partir pour une grande virée éternelle sur les toits du ciel. Elle a été choyée, calinée, aimée, malgré ses défauts. Je suis
très triste.

biker06 15/02/2015 13:54


Hello Bea


Plus je connais les hommes et plus j'aime mon chien......


bizz


Pat

ZAZA 15/02/2015 13:29


Excellent ma Béa, ta cousine à beaucoup de talent. J'attends la suite. Bises et bon dimanche. ZAZA

Archives

À propos

Loisirs, culture, santé, bien-être, arts, science, fun, quizz, cuisine, photos... Un joyeux melting pot perso.