Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 Aug

L'enfer des fous

Publié par Bé@  - Catégories :  #Santé

J'ai fini de lire QUATRE ANS DANS L'ENFER DES FOUS, dont le texte recueilli par Alain LAVILLE pour Jean-Maurice CERVETTO (France Loisirs, Presses de la Cité, 1974) retrace la descente aux enfers de ce dernier. Un livre dur, qui montre comment une machination personnelle peut ruiner la vie de quelqu'un et comment l'administration pénitentiaire et psychiatrique se voilent la face.

 

enfer-fous-cervetto.jpg

 

A cause d'une machination de son père adoptif, Jean-Maurice se retrouve en prison puis est muté, encore mineur, dans un service psychiatrique de sûreté puis dans le pavillon des débiles profonds. Cris et protestations n'ont servi qu'à renforcer les psychiatres qu'il était vraiment atteint, sans jamais pouvoir dire de quoi. J.M. Cervetto raconte comment il a vécu quatre ans dans ce monde caché du public, ce monde terrible où il a côtoyé de grands aliénés et des infirmiers sans âme et sans affect, pour certains dangereux eux-mêmes.

 

Avec son lot de drogues, considérées comme des "camisoles chimiques", parfois dosées "au pifomètre", parfois alourdies pour "ensuquer" ceux qui ne veulent pas filer droit. Chaque jour, chaque nuit est un cauchemar, un calvaire d'horreurs, une déchirure de plus. Comment tenir tout ce temps ?  J.M. Cervetto a réussi à tenir et grâce à son témoignage, l'incarcération -pardon, l'internement- forcé ne se fait à présent plus comme avant. Il y a des règles plus strictes, les internements ne sont -normalement- plus faits de façon arbitraire. Mais il suffit de bien peu de choses pour que tout tourne mal...

 

Au fil des jours, tous pareils, avec leurs lots de médicaments à vous mettre par terre, qui le font baver de l'écume et qui l'empêchent parfois de produire des phrases entières, avec leurs agressions, leur puanteur, la peur, le froid... Jean-Maurice a croisé la vie de loques humaines, enfin plutôt inhumaines, rendues encore plus dingues par le traitement qu'on leur impose, la promiscuité avec d'autres aliénés et la moquerie de leurs "matons".

 

Comment garder espoir quand tout vous pousse au fond du trou ? Heureusement, la mère de J.M. Cervetto, consciente de la machination, l'a toujours soutenu et, mois après mois, ne s'est pas laissée défaire par la machine infernale de la psychiatrie administrative. Elle s'est battue pour lui. Et il a eu aussi la chance, dans sa malchance, de rencontrer un prêtre, interné lui aussi, et de tomber amoureux d'une pensionnaire de passage. Une fois sorti de cet enfer, après une contre-expertise demandée par sa mère, il a encore peiné, peiné à trouver et à garder un emploi, à soutenir le regard et les allusions de tous ceux qui n'ont pas compris, c'est-à-dire la majorité des habitants de sa petite ville proche d'Agen. Et ainsi probablement pour le reste de sa vie gâchée à cause de cet univers kafkaïen.

 

tres-bien-merci.jpg

 

Ce livre m'a fait repenser à un film d'Emmanuelle Cuau que j'ai vu en 2007 : "TRES BIEN, MERCI", dans lequel nous suivons l'engrenage terrible qui amène peu à peu, Alex, alias Gilbert Melki, un humble et honnête comptable marié à une chauffeuse de taxi, alias Sandrine Kiberlain, à être interné dans un hôpital psychiatrique. Au début, rien d'extraordinaire, Alex veut faire entendre ses droits lorsqu'il assiste, dans la rue, à un passage à tabac par des policiers peu scrupuleux. Emmené au poste, on le malmène, c'est une affaire de pouvoir, de cheffaillons frustrés qui abusent de leur autorité. C'est la communication qui est à la base de tout. « On ne vous demande pas votre avis », « Vous n’avez pas à vous occuper de ça », « Restez tranquille dans votre chambre, on viendra vous chercher », « Est-ce que je me permets de vous dire, moi, comment vous devez faire votre travail ? »… Le "chef" a tous les droits, il est indétrônable et le petit moucheron capturé n'a plus qu'à se soumettre ou à écoper d'une peine plus forte. Il faut la fermer. Le piège se referme. Absurde et sans appel.

 

Ce livre, autant que ce film, m'ont particulièrement touchée parce qu'ils démontrent la difficulté à montrer sa bonne foi, son bon sens, son innocence face à des personnages qui n'ont pas intégré la valeur humaine autant qu'il le faudrait. Ils décomposent l'incohérence du système devenu hyper-administratif et peu expert malgré les diplômes, Ils démontrent ce que l'injustice peut avoir d'effrayant dans des circonstances particulières. La vie est ainsi faite que des erreurs arrivent, des erreurs parfois lourdes de conséquences.

 

Commenter cet article

Fargette 18/05/2017 09:41

Nous avons vécu une histoire similaire , mon frère autiste a été interné 19 en HP , faute de structure adaptée . shooté a grosse dose de psychotrope , placé a l'isolement la majeur partie du temps . il a fait l'objet d'agression , viol . il en est ressorti en février 2016 . Aujourd'hui il est en structure adapté a son handicap , fini la contention il est libre , le traitement a diminué des 2 tiers passant de 40 comprimés a 6 aujourd'hui . Notre page Facebook , soutien a Dimitri Fargette , ou vous pourrez visionnez vidéo des contentions , photos etc... Cdt .

fuck les zinzinfirmiers 18/10/2015 13:24

Rien n'a changé depuis ces années. J'ai encore été internée à Nantes, jusqu'il y a un mois. Ce n'est pas de la complaisance, c'est un système bien ficelé par les gens qui nous gouvernent, car les psychiatres sont tous en relation et choisissent leur cible, les parents des "malades" sont complices, appelent regulierement les psychiatres et demandent à leur enfant de tout leur raconter de ces entrevus, voir leur association, et ça va plus loin, genre devinez ce que fait le mari de l ex patronne du medef? Moi ils m'ont enlevée ma fille à la naissance, m'ont interné m'ont forcés à prendre leur médoc de synthèse (vendu 80 euros la boite qd meme ça profite!) m'ont du coup interdit d'allaiter ma ptite que je voyais 1 hre par jr surveillée les 2 1ères sem., puis 1 heure par sem. Elle a maintenant 9 mois et ça fait un mois que je ne l'ai pas vu. Chaque fois qu'ils m'internent, ils disent que c'est une rechute et me prive de mon bb. Il n'y a jamais eu aucune preuve d'une quelconque maladie sur moi. Ah oui et le juge des libertés, vaste blague, "à quoi tu t'attends? 100 pourcent de refus" m'a lancée méprisant un infirmier. Il se fie toujours aux psychiatres, le seul espoir c'est un vice de forme, de papiers, mais l'hopital a un cadre dédié à ce travail. Il y a des jeunes filles violées à l'hp qui se font vomir, on leur parle de poids pour leur guerison, jamais de punir les coupables.

combatcontreinjustice 02/02/2014 18:03


Merci de votre réponse. Jean Maurice CERVETTO, a été hospitalisé de force et abusivement, par le biais de son beau père, je crois à l'hôpital de Cadillac à côté de Bordeaux et ensuite à Agen,
l'hôtpital de la Candélie. Il était accusé, d'avoir volé un moteur.


C'est pitoyable.


Codialement    http://combatcontreinjustice.over-blog.com



 

combatcontreinjustice 29/01/2014 21:48


J'ai rencontré, fortuitement, Jean-Maurice CERVETTO il y a une quarantaine d'années, il m'a raconté toutes les épreuves qu'il a subi, il avait bâti un couple, j'ai dialogué avec sa compagne
également et je me souviens qu'il avait une petite fille de 2 ou 3 ans. Cet homme était très  triste, tendu. Il m'avait bcp impressionné. J'ai acheté,  son livre dès qu'il est sorti en
librairie. J'ai cherché à savoir ce qu'il était devenu, (on m'a dit  qu'il était décèdé d'un problème cardiaque, l'accident est arrivé dans la rue, à AGEN, il y a déjà plusieurs années.


Cordialement    http://combatcontreinjustice.over-blog.com/

Bé@ 02/02/2014 17:43



Je suis heureuse d'avoir un témoignage de quelqu'un qui l'a connu. Rien d'étonnant à ce qu'il ait été d'allure triste après tout ce qu'il a vécu. J'aimerais bien que ses lecteurs soient plus
nombreux car il dénonce des dérives qui, si elle n'ont plus lieu dans l'exacte réplique, n'en continuent pas moins, dans une certaine mesure, de sévir ici et là.


Merci pour votre mot. Je viendrai voir votre blog.



Jj 23/08/2012 19:09


Non, pas encore, mais je ne sais pas si le regard d'un infirmier de nuit dans un service de psy peut intéresser quelqu'un... surtout dans un hôpital militaire, je ne sais pas si ce ne serait pas
censuré ...



Bé@ 28/08/2012 15:13



Cela peut en intéresser beaucoup, SURTOUT dans un hôpital militaire. Pourquoi ne pas utiliser ton blog pour y passer des chapitres sur ton expé ? Je serai la première à te lire.



Archives

À propos

Loisirs, culture, santé, bien-être, arts, science, fun, quizz, cuisine, photos... Un joyeux melting pot perso.