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02 Feb

Le vent se lève

Publié par Bé@  - Catégories :  #à lire - à voir

Hayao Miyazaki (宮崎駿) tout le monde connaît et (presque) tout le monde aime ses films d'animation surréalistes, du "Voyage de Shiiro" au "Château ambulant", en passant par "Mon voisin Totoro", le "Château dans le ciel" ou encore "La princesse Mononoke".


Miyazaki est né en 1941 dans un Japon dévasté par la guerre. Entre 1944 et 1949, la famille fuit la guerre et le petit Hayao passe d'école en école. Lorsqu'il entre au lycée, sa mère, atteinte d'une tuberculose osseuse, meurt après une lente agonie de plusieurs années pendant lesquels elle est d'abord restée dans un sanatorium avant de finir ses jours avec sa famille. 


"Le vent se lève" entre cette fois-ci dans un univers réaliste puisqu'il n'est ni plus ni moins qu'une biographie adapté de la vie de Jiro Horikoshi, un jeune japonais passionné d'aviation mais dont les problèmes de vue l'obligèrent à choisir une autre voie, celle de l'ingéniérie aéronautique, afin de rester au plus près de sa passion. L'élève, grand admirateur de l'ingénieur italien Caprioni, est ainsi devenu l'un des plus grands ingénieurs aéronautiques.


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Bien entendu, puisque c'est du Miyazaki, l'onirique et le fantasque s'en mêlent. Mais une partie de sa propre vie est fortement attachée à l'histoire. Le thème même d'abord, puisque son oncle avait une entreprise aéronautique que son père dirigeait. Le choix de Jiro comme personnage se comprend dans ce contexte. Et la jeune épouse atteinte de tuberculose de même puisqu'elle fait référence à sa mère.


Elément majeur de cette animation : le vent. C'est à une strophe du poème de Paul Valéry "Le cimetière marinque Miyazaki emprunte le titre, ainsi que la phrase leitmotiv : "Le vent se lève ! ... Il faut tenter de vivre !" (L'air immense ouvre et referme mon livre"). Ce vent se lève à l'approche des moments troublants dans la vie de Jiro : tremblement de terre, bombardements, coup de foudre, avancée dans sa carrière, arrivée d'un rêve prémonitoire ou message rassurant de l'eau-delà... Il est élégant, ce vent qui transforme les cheveux en sirènes soyeuses et les vêtements en voiles aériennes. Il est élégant, le roman visuel de Miyazaki. Elégant mais terrifiant tout à la fois.


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La terreur est portée par cette ambiance de fond, estompée ici et là, et qui rappelle la guerre et ses grondements sinistres. Le feu en est l'élément maître, celui à qui l'on tente d'échapper mais que le vent attise. C'est grâce à un incendie qui ravage la ville que le jeune Jiro rencontre celle à qui il déclarera sa flamme des années plus tard. Dans le même temps, l'auteur s'est amusé à nous chatouiller les côtes de ci-de là, à l'aide d'un détail anecdotique, comme la courbe de l'arrête d'un maquereau, les voltiges d'un avion en papier, ou encore par des effets sonores provenant de bruits de bouche inattendus.


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Le vent soufle qui précède l'horreur et accompagne le mouvement de ceux qui vont de l'avant ou de l'avion, c'est selon. Miyazaki aime bien les références européennes : poèmes de Valéry ou de Rosetti, chanson germanique, référence à Caprioni, musique classique d'europe de l'ouest... l'ingénieur Jiro a passé des mois en Europe pour parfaire ses connaissances aéronautiques et s'inspirer de ses modèles. Une spécialité nippone, à ce qu'il paraît. Le vent soufle et porte ces aéronefs qui évoluent de coup de crayon en morceau de rêve jusqu'à l'image finale du fameux "Zéro" qui terrifia les alliés pendant la dernière guerre.


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Le héros a beau dire qu'il ne veut pas construire des avions qui porteraient des armes, nous, de notre côté européen, avons gardé dans notre petite caboche des images de propagande inversement proportionnelle à l'émotion positive du talentueux ingénieur : des images de dévastataion et de destruction par des kamikazes. Dur, dur, de se sortir d'un schéma culturel vieux de plusieurs décennies pour appréhender l'image qui se voudrait presque d'épinal de ce fou de Miyazake !


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Enfin, c'est vrai, non, que ces "merveilles" de technologie japonaise que les américains voyaient foncer sur Pearl Harbor, ne nous ont jamais jusqu'ici donné l'image de gentils oiseaux échappés de leur cage ? Comment faire pour entrer dans ce tableau où l'on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes japonaises ? Et comment ne pas se sentir mal-à-l'aise lorsqu'on voit sur la pélicule une femme à l'agonie délaissée par un mari qui préfère sa carrière et ses petits avions à son accompagnement vers ses derniers jours ? Miyazaki a bien tenté de déculpabiliser Jiro en le montrant amoureux et doux envers son épouse, mais cette vaine tentative n'est-elle pas là pour essayer d'effacer la culpabilité, justifiée ou non, du délaissement de sa propre mère par sa famille ? C'est une thérapie que cette biographie-fiction pour son auteur. Espérons qu'elle aura au moins atteint son but en le guérissant d'un mal d'amour maternel toujours à fleur de peau.


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A l'instar du "Pars et surtout de ne retourne pas" de Jacques Higelin, il faut vivre, contre vents et marées, tel est le message du film. Car si l'on se retourne, on risque fort de se retrouver changé en statue de larmes salées. Vive donc Hayao Miyazaki, qui sait si bien nous faire frisonner et donner un sens à la marche de la vie... Sur un nuage.

 

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sailly 07/02/2014 06:33


je suis revenue jusqu'au saucisson  !!!!!j'ai lu le livre aussi  j'aime l'auteur  ,  par contre pas bd du tout   bonne journée  bises



Bé@ 07/02/2014 20:05



Selon l'expression bien connue "Revenir vers le saucisson" 


On ne devrait pas dire LA mais LES BD car il y en a vraiment pour tous les goûts. Pourquoi ne pas commencer par Loisel et Tripp pour "Magasin Général" ? Le Canada du siècle dernier avec finesse
et gourmandise. Je suis sûre que ça te plairait. J'ai peut-être même écrit un billet dessus, je vais regarder, sinon, j'en ferais un. Bisous et bon weekend, chère Dany.



Alain 03/02/2014 08:17


J'aime bien ses films, mais je ne pense pas que j'irai voir celui là.

Bé@ 07/02/2014 20:06



Malgré le thème, j'ai été complètement transportéé par le vent. Et je pense que ça te plairaît aussi, c'est un film exceptionnel.



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