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10 Jan

Louis XIV en chair à canon

Publié par Bé@  - Catégories :  #Arts

Je m'en vais vous expliquer comment Louis XIV a fini en chair à canon. Il était une fois une ville de passage entre l'Italie et l'Espagne qui voulait honorer son roi : Montpellier. C'était vers 1600 et une soixantaine de brouettes. Remontons juste quelques années en arrière : Louis XIII fait mener en 1622 le siège de la ville. Pourquoi ça ? C'est un bastion du protestantisme, voilà la raison ! Après 2 mois, Montpellier rend les armes. Rétablie, l'autorité du roi est symbolisée par l'édification d'une imposante citadelle, sur le site de laquelle fut érigé le Lycée Joffre (où étudiaient mes deux garçons jusqu'à l'an dernier). En 1643, Louis XIII meurt. L'Edit de Fontainebleau, en 1685, signe le retour de la domination catholique. Louis XIV a alors 47 ans.

 

Dans les années qui suivirent, les nobles s'en donnèrent à coeur joie pour construire ce que l'on nomme ici les "Folies", hôtels particuliers et grandes demeures élégantes à l'architecture à la mode de la Cour. La fin du XVIIe siècle voit aussi la construction de l'Arc de triomphe par l'architecte Augustin-Charles d'Aviler, qui jouxte la promenade royale du Peyrou, construite sur ordre de Louis XIV. Un aqueduc, mis au point par les ingénieurs Henri Pitot et Clapier, y apporte l'eau dans un joli château d'eau depuis la proche commune de Saint-Clément-de-Rivière, au nord, pour alimenter les fontaines publiques de la ville, en passant par des arches qui font aujourd'hui l'honneur du quartier des Arceaux. Pitot s'est inspiré de l'architecture du Pont du Gard, réputé pour sa solidité à toute épreuve.

 

 

roi-peyrou2.jpg 

Bien logiquement, le roi soleil, qui aime à être flatté, ne voit pas d'un mauvais oeil la mise en valeur de cette promenade par une statue mettant en avant ses nobles qualités de cavalier. En 1685, date, je vous l'ai dit, du retour de la domination catholique, les sculpteurs parisiens Hurtelle et Mazeline, sont priés de fondre une statue équestre de leur solaire souverain pour orner la voie centrale de l'esplanade du Peyrou qui borde l'entrée ouest de la ville. Mais comment acheminer la monumentale sculpture une fois terminée ? Rien de plus simple : on utilisera les voies navigables. La Seine jusqu'au Havre, puis la mer jusqu'à Bordeaux. Ensuite la Garonne et les nouveaux canaux jusqu'au Lez, qui coule à Montpellier. La guerre contre l'Angleterre retarde quelque peu cet acheminement car l'odre de transport ne sera effectivement donné qu'en 1714.

 

La statue arrive, après bien des péripéties, à Frontignan, à l'ouest de Montpellier. Hélas, nous sommes au mois de juillet et l'eau est basse. On doit faire creuser le canal sur une quinzaine de kilomètres pour arriver au Lez en honnorant la date de livraison prévue pour le mois d'août. Le 15 août 1717, la statue est enfin déposée, mais Louis XIV est mort deux ans auparavant. Too bad ! Il ne sera pas là pour l'inauguration qui aura lieu en 1718.

 

L'oeuvre que l'on peut voir aujourd'hui "au Peyrou" n'est pas l'originale, cependant, mais une copie de Jean-Baptiste Debay datant de 1838, dont la taille fait la moitié de celle de Hurtelle et Mazeline. C'est la Révolution qui voit la destruction de la statue d'origine ; le bronze qui la constituait fut envoyé à Lyon pour être utilisé dans la fabrication de canons. Le roi a donc bien été utile à la révolution annonciatrice de la fin du royaume.

 

 

alesoir-fab-canons.jpg 

Ci-dessus, un croquis d'alézoir qui servait à forer et surtout à aléser les canons à la fonderie, c'est-à-dire (merci HMB pour les explications) à oter les aspérités du tube, celui-ci étant laissé vide grâce à l'ajout de sable pendant la coulée, et à le mettre au bon diamètre.

 

Si vous êtes attirés par les histoires qui jalonnent la ville de Montpellier, vous aurez sûrement plaisir à lire le "Guide secret de Montpellier" de Myriem Lahidely qui y retrace mille ans d'histoire et d'histoires, de secrets et de drames dans la cité héraultaise. Merci à "La Gazette" qui m'a inspiré cet article.

 

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HMB 27/01/2013 10:37


Bonjour,


de passage sur votre blog par lien avec votre billet maçonnique ( je démontre depuis 1986 les magouilles de marchés publiscs qui en quasi totalité impliquent des maçons et la couverture de ces
exactions par les maçons de l'institution judiciaire) je suis tombé sur la publication de l'alésoir a canon a priori de la fonderie des ardennes.  tout cela pour vous signaler qu'il ne
servait pas a forcer mais à forer les bouches a feu; il servait d'ailleurs plus exactement uniquement a aléser c'est a ire changer le diametre du tube pour permettre l'utilisation de boulets
d'une arme ( par des pièces prises à l'ennemi) mais aussi pour aleser plutot que forer les tubes a l'origine en effet lors de la coulée ( dans le moule) se trouve au centre de celui-ci un "noyau"
(en sable) qui devient le tube une fois la coulée effectuée et la pièce démoulée.. l'alesoir servait alors a supprimer les aspérités du noyau et a mettre le tube au bon diamétre la quantité de
matière a enlever etait donc minime par rappoert à un forage dans un bloc de bronze plein..


Bien à vous


cordialement

Bé@ 27/01/2013 19:23



Oh que c'est gentil, HMB, de me donner ces précisions qui vont pouvoir être apportées à cet article quelque peu incomplet. J'apprends quelque chose de très intéressant et je me demande comment
vous savez tout ça.


Très bonne soirée à vous, Monsieur l'érudit et merci encore pour votre intervention.



dany sailly 13/01/2013 10:52


quand je l'ai prise en photo , je ne connaissais pas cette histoire , merci à toi  je dormirai moins bête ce soir  bises





 


 

virjaja 12/01/2013 11:10


je connais cet endroit...mais j'ai pas vu la statue!!!!! gros bisous Béa et beau week-end. cathy

Bé@ 12/01/2013 12:12



Alors c'est que tu as besoin de lunettes, Cahty. Que dis-je "de lunettes", de loupes ! Parce que le grand Louis sur son canasson, on ne peut pas le rater : il est sur un socle qui fait au
moins deux fois ta taille en hauteur, lui-même est gigantesque et il est situé en plein milieu de l'allée centrale, qu'on voit de tous les côtés (sauf de la terrasse inférieure où nichent de
jolies fontaines).


Beau week-end à toi aussi.



mounic 11/01/2013 17:01


par exemple! le roi qui se "fond" pour annoncer la fin de la royauté! fallait le faire! t'en sais des choses.... moi, je sais que le thé au Tiramisu est très très bon! c'est vrai que l'on
décèle...au loin! l'odeur du café mais si peu! je trouve ça exquis! Pour le temps, à part le mistral qui nous emballe, quand on est bien à l'abri, dans une "cagna" on se croirait au
printemps...bisettes ma Belle!

Bé@ 12/01/2013 12:08



Hé ! Hé ! Comme tu le sais, chaque médaille a son revers. Pour ma part, j'ignore bien souvent le côté gênant pour ne mettre en avant que le bon... mais pas toujours. D'ailleurs, on trouve souvent
un peu de bon dans le mauvais et inversement, alors...


Prochaine fois que je vois un thé au Tiramisu qui passe par là, je l'arrête et je le réquisitionne !


Bisous venteux.



Labaronne 10/01/2013 18:02


c'est pas pareil, moi j'ai été assez impressionnée par l'aqueduc, je ne m'attendais pas à trouver une telle construction dans la ville, et le chateau d'eau, une merveille - rebizzzz

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