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20 Apr

Voyage nocture

Publié par Bé@  - Catégories :  #Balades

Des braseros, partout des braseros... Quel est donc ce lieu étrange dans la nuit où l'on voit s'embraser à perte de vue de la poésie visuelle et sonore ? Je marche vers la colline, laissant derrière moi un acrobate qui jongle avec l'espace-temps au bout de ses cordes. Je ne suis pas seule; nous sommes très nombreux à suivre le sentier balisé par des grands pots de terre où brûlent des bougies aux senteurs fleuries. J'ai pourtant l'impression d'avoir tout l'espace pour moi. Pas de lumières électriques. Il est 22h. J'arrive devant un boule de métal et de feu devant laquelle quelques voyageurs de la nuit comme moi se sont arrêtés pour la regarder tourner.

 

ZAT 1

 

Au loin, la ville n'existe plus. Je sors du sentier pour couper parmi les fûtaies. J'entends quelques notes de musique; elles proviennent de l'autre côté d'un haut mur de pierres, éclairé lui aussi, avec des multitudes de lampes à huiles qui limitent l'infini.

 

ZAT 2

 

Ils sont là, sur le podium au milieu des hautes herbes : c'est "Dimoné" et son groupe qui nous jouent du raggae doux, pas urbain du tout et qui se fond dans la nature. Les couples sont assis dans l'herbes, des groupes d'amis dansent au milieu d'effluves canabiennes. Les odeurs s'infiltrent langoureusement. L'ambiance champêtre se fait soyeuse.

Je reprends mon chemin après quelques minutes, avec la musique qui me poursuit doucement et me voici devant un grand téléscope. La nuit est claire. Une jeune fille me fait regarder Neptune et ses anneaux bruns. Voici que je suis attirée par de jolies lanternes qui parsèment la prairie en contrebas. Je m'y engage.

 

ZAT 4

 

De loin, ce sont des lanternes magiques comme on en voit lors de la fête éponyme en Chine. Mais de près, on se rend compte qu'elles sont faites de bougies placées à l'intérieur de tricots de corps suspendues à 2 ou 3 mètres du sol. Me voici seule au milieu de la "Forêt des Marcels". Les herbes que j'applatis en avançant sortent leur parfum de printemps. Et voilà que j'arrive auprès de grandes boules inandescentes suspendues aux arbres; quelques adolescents s'y réchauffent les mains. Au-dessus de leurs braises, des flammes bleues emprisonnées elles aussi dans la fine grille de leur sphère.

Je continue ma balade et me rapproche du centre d'une dérive sonore que lancent des artistes des lisières. C'est délicat, profond et un peu ennivrant. Guitare électrique au son psychadélique, violoncelle, bougies, uniquement des bougies. Rien qui ne heurte. J'ai l'impression d'être suspendue dans un monde parallèle où tout serait tranquille et poétique. Des automates parsèment le chemin de terre, ici et là, parfois dans des petits jardins communaux qui sont autant de cabanes de contes de fées.

 

ZAT 6

 

Cassiopée nous protège et toutes les étoiles nous éloignent du monde réel. Comme disait Henri Michaux, "La nuit remue". Je suis quelque part entre ciel et terre, plutôt vers le ciel, dans la nuit confortable. Des enfants se balancent en riant sur de grandes balancelles. Tiens, encore un automate de feu, prêt à étendre ses bras grinçants. Pour l'instant, il ressemble plutôt à une montgolfière.

 

ZAT 3

 

Cette fois, je remonte la colline sur ma droite. Elle est ponctuée ici et là de cheminées de dentelle d'où sortent des plumets bleus pétillants. Ces fournaises poétiques servent, comme tous les braseros magiques alentour, de haltes où viennent se réchauffer ceux qui ont senti le vent frais passer sous le col de leur manteau. Des milliers de bougies, des miliers de cheminées et de braseros sont autant de points de chaleur et de lumière qui nous dirigent chaque fois vers une nouvelle découverte. Ici un funambule de métal qui avance en monocycle sur un fil tendu, là un chat tout rouge qui fait la révérence devant un bouquet d'iris.

De veilles radios, accrochées dans des plantes grimpantes qui longent le parcours des jardins nous renvoient les mêmes textes polyglotes. J'entends : "Iti, ni, san, si, go..." : quelqu'un compte en japonais. Puis on passe à l'italien et enfin de la musique s'échappe. En haut de la colline, voici qu'un cheminot fait tourner sa locomotive immobile. Enfin, juste son fourneau. Il actionne de grandes roues en fer.

 

ZAT 7

 

Les promeneurs s'arrêtent quelque temps pour voir le brûlot jaillir en gigantesques volutes de feu puis redescendre, varier son intensité et danser avec le vent. Le cheminot est un artiste, un peu comme un fontainier qui joue avec les jets d'eau, mais lui, c'est avec les jets de feu.

 

ZAT 5

 

En contrebas, un peu plus loin, c'est une autre sculpture vivante qui est le centre d'un autre émerveillement. Et puis je croise des parterres où fleurissent, en bouquets, des petits panonceaux que l'on pique habituellement à côté des plantations avec leur nom, au cas où on oublierait qu'on a planté des melons et non des belles de nuit. Mais là, point de graines, ou alors de drôles de graines, car les affichettes mentionnent : "Rhétorique, Sérénité, Code des Associations...."

 

ZAT 036

 

Je continue et je me trouve à présent dans une clairière où règne la poésie. Sur une petite estrade, une femme scande des mots de rêves étranges, des phrases sorties de l'univers foisonnant de la marmite cérébrale, comme lorsqu'on l'enferme dans un lieu clos avec des blouses blanches. Elle est accompagnée par un magicien de la guitare : il en sort des sons d'outre-raison, des sons qui font basculer vers le surnaturel. Elle scande, ses bras se balancent, elle passe la main devant un oiseau bleu qui se met à gazouiller. Un peu plus loin, Tartar, le conteur c'est mis à raconter l'infiniment petit ou l'infiniment grand, je ne sais plus. J'ai dû m'extraire de ce rêve pour rentrer chez moi, toute emplie d'une impression de sérénité et comme si j'avais fait un voyage dans l'au-delà de la nuit.

Ce voyage poétique et lumineux, je le dois à la ZAT, une Zone Artistique Temporaire qui explore l'imaginaire urbain (mais ici plutôt champêtre et bucolique). J'étais dans Montpellier, au peu connu Parc Malbosc, et pourtant j'étais ailleurs, tellement loin...

 


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virjaja 04/05/2014 09:01


une balade dans un autre monde...gros bisous Béa, passe un beau dimanche. cathy

vivrenchine 21/04/2014 09:36

Bonjour Béa non c'est de l'or pur, la couleur a cause des LED d'éclairage Je te souhaite un très bon lundi Nos amitiés Qing&René http://belgiquechine.canalblog.com

Bé@ 21/04/2014 12:19



L'or pur est un métal facilement malléable, et c'est pourquoi celui utilisé en
bijouterie (et d'autant plus en fonderie, même chez les anciens) n'est pas pur car les bijoux se déformeraient et se rayeraient facilement. Par exemple, l'or 18 carats ne contient que 75% d'or
pur. Les 25% restants permettent de le rendre plus dur, et sont composés d'argent et de cuivre dans le cas de l'or jaune, ou de palladium et de cuivre pour l'or blanc. Il existe de l'or natif
déjà fusionné avec de l'argent ou un autre mineral. L'or chinois est depuis
toujours extrait principalement dans la province de Shangdong. Le musée indique-t-il le nombre de carats de l'or de cette merveille ou laisse-t-il le visiteur le supposer ?


Pour ce qui est de l'histoire de sa constitution, on sait que l'or est issu de la
nucléosynthèse stellaire réalisée par des générations successives d'étoiles depuis une douzaine de milliards d'années. Deux hypothèses expliqueraient sa formation : 1) durant l'explosion de
supernova, 2) collision ou fusion d'étoiles à neutrons.


 


Amitiés



alain 21/04/2014 09:18


Le feu, la nuit, la musique...très beau.

Bé@ 21/04/2014 12:20



Merci Alain. J'espère que tu vas bien. J'imagine que tu es allé voir les grands gréements à Sète; je pense y aller aujourd'hui.
Passe un très bon lundi de Pâques. 



Corinne 20/04/2014 23:47


Comme c'est beau et comme tu as su m'emmener avec toi au travers de ces déambulations magnifiques  Superbe
billet Béa...


Bisous gros

Bé@ 21/04/2014 12:22



Merci Corinne. 


Passe un très bon lundi de Pâques.


PS : j'espère que Sylvie n'est pas vexée de la photo où elle est avec tes soeurs et toi  (c'est Christian
qui a mitraillé ?)



zaza 20/04/2014 16:36


C'est magnifique ma Béa. Merci pour ma coquille signalée ce matin. Bises et bonne fin de journée. ZAZA

Bé@ 21/04/2014 12:23



J'aurais dû la signaler à la St Jacques, mais je n'ai pas pu attendre. 


Joyeux lundi de Pâques à toi et à tous tes amis à 2 ou 4 pattes.
Bises 



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