Relative relativité
Bien que non-scientifique, la physique et la biologie m'attirent tout autant que le zen. Entre autres petites merveilles empruntées à la Bibliothèque : "La Relativité", de Nayla Farouki (Flammarion), qui se présente comme un exposé pour comprendre et un essai pour réfléchir. Depuis sa lecture, j'apréhende mieux les conflits de théoriciens. Je comprends, par exemple, pourquoi Mach, phénoménaliste défenseur du positivisme, en voulait tant à Einstein. Le génie de la physique était mu par un désir d'absolu, où tout l'univers serait explicable, mais évidemment sans vérification possible. On se doute bien que sa théorie sur la relativité générale, dans ces conditions, a une valeur quelque peu... relative !
Pour Mach, "les principes mécaniques les plus simples sont d'une nature très compliquée; ils reposent sur des expériences non réalisées et non réalisables; ils sont en vérité suffisamment établis au point de vue pratique pour servir de base à la déduction mathématique, étant donné la stabilité suffisante de notre entourage; ils ne peuvent en aucune façon être considérés en eux-mêmes comme des vérités mathématiques démontrées, mais au contraire comme des propositions qui, non seulement admettent, mais encore réclament le contrôle perpétuel de l'expérience."
Heisenberg, lui, raconte en détail les réactions d'Einstein lors du Congrès de Solvay, en 1926, où les relations d'incertitude furent exposées (nouvelle interprétation de la théorie quantique) : "Nous habitions tous le même hôtel, et les discussions les plus vives furent menées non dans la salle de conférences, mais au cours des repas de l'hôtel. Les principaux protagonistes de ces controverses autour de la nouvelle interprétation de la théorie quantique furent Bohr et Einstein. Einstein n'était pas prêt à accepter le caractère essentiellement statistique de la nouvelle théorie quantique... En général nous arrivions le soir à un point où Bohr pouvait prouver à Einstein, au cours du dîner, que l'expérience envisagée ne pouvait aboutir à une réfutation des relations d'incertitude. Einstein était alors un peu inquiet, mais déjà le matin suivant, au petit déjeuner, il avait une autre expérience idéale toute prête à nous proposer, plus compliquée que la précédente... Cette tentative devait échouer le soir même... Après que ce jeu ait continué quelques jours, Einstein s'entendit dire par son ami Paul Ehrenfest, un physicien de Leyde : "Einstein, j'ai honte pour toir; car tu argumentes maintenant de la même manière que tes adversaires contre la théorie de la relativité." Mais même cet avertissement amical ne devait pas modifier l'attitude d'Einstein"... "Dieu ne joue pas aux dés", c'était là pour Einstein un principe immuable et inébranlable. Bohr ne put que répondre : "Mais ce n'est pas à nous de prescrire à Dieu comment il doit gouverner le monde."