A la recherche du réel
Partant en général d'un schéma mécaniste réaliste, les scientifiques se trouvent devant le problème de définir la matière de l'objet qu'ils sont supposés étudier : quel genre de monde avons-nous devant les yeux ? S'agit-il d'une réalité absolue, en soi, ou bien d'un mélange entre une réalité inconnue et nos capacités sensorielles ? Pouvons-nous connaître la réalité ? Devons-nous simplement décrire ce que nous percevons (ainsi que Mach) ou bien pouvons-nous aller plus loin (à l'instar d'Einstein) et construire des hypothèses concernant le monde, tel que Dieu ou le hasard aurait pu le créer ?
La première attitude, suivie par Mach, adopte une attitude positiviste, en ce qu'il est impossible de connaître la réalité en soi. Selon cette façon de voir, l'ensemble de nos connaissances provient de nos sensations. Sur le plan scientifique, cela signifie que la seule vérité admissible est celle décrite par l'observation et l'expérimentation et que toute affirmation concernant la nature doit être considérée comme une hypothèse métaphysique, un phénomène de langage dont il faut se méfier et qui ne correspond en rien à une quelconque réalité. La tendance dure de cette façon de penser était la base du cercle de Vienne, qui a réuni des savants et des philosophes tel le physicien Moritz Schlick ou le philosophe Ludwig Wittgenstein.
La seconde attitude, celle des réalistes dogmatiques - dont Einstein-, considère que nous vivons dans un monde réel accessible à notre connaissance. D'après Einstein, "Ce qui est incompréhensible est que le monde puisse être compréhensible". Les réalistes, qui croient en l'existence d'un être extérieur à lui-même, réfutent l'hypothèse cartésienne ("Cogito ergo sum") selon laquelle il n'existerait qu'un entendement.
On comprend le désarroi d'Einstein, ses interrogations sur les intentions de Dieu et son rejet de la mécanique quantique lorsqu'on sait que l'âge de l'explication physique objective a vu ses derniers jours.
On comprend aussi qu'une chose unit les deux tendances : la croyance en un "être" extérieur à soi. Car les positivistes en ont aussi la certitude. Ainsi, les physiciens nous aparaissent comme des croyants. Mais quel est donc cet "être" qui divise leur façon de penser ?