L'ARMOISE
Cela fait quelques années déjà que je vois lors de mes périgrinations des marchands d'herbes (menthe, persil et corriandre, habituellement) proposer des petites bottes d'herbes vert pâle au fin feuillage. Inconnues au bataillon. Hier, en voyant quelques bottes chez un marchand typique originaire du Maroc, je lui demande ce que c'est et à quoi ça sert.

Le CHIBA, me dit-il, sert à aromatiser le thé; il suffit d'une pincée de feuilles pour le parfumer. Hélas, impossible d'obtenir le nom commun français de cette plante, qui, dit-on, est aussi bonne digestive qu'apéritive. De retour, je mouline sur le net avec un bon moteur de recherches et je tombe enfin sur ce qui s'avère être de L'ARMOISE. Puis je me fais un thé aromatisé à l'Armoise, aux doses indiquées, mais avec du thé blanc offert par Gilles à la place du thé vert préconisé par le marchand.
Un autre nom de l'Armoise est l' ABSINTHE. Si Van Gogh, Baudelaire, Lautrec ou Hemmingway en buvaient, c'était sous la forme de distillat de cette plante mêlée à d'autres telles le fenouil et l'hysope.

Interdite en France dès 1915, à la suite de mouvements lancés par les producteurs de vin. L'absinthe - la boisson alcoolisée (75° parfois !) a eu son âge d'or lors de la pénurie de vin, alors que le phyloxéra avait endommagé presque toutes les vignes de France, réduisant la production à néant.
Au passage, le phyloxéra tire son nom d'un puceron originaire d'Amérique du Nord. Entre 1858 et 1862, l'introduction de pieds de vigne américains permet au parasite de s'introduire en Europe, où les plants locaux n'y sont pas résistants. C'est le greffage d'espèces européennes sur des porte-greffes américains qui a finalement permis d'endiguer la prolifération du parasite. Une statue est, d'ailleurs, érigée, square Planchon, à Montpellier, en l'honneur de Jules Emile Planchon, qui a découvert le phyloxéra en 1860.
Ce sont les viticulteurs en colère (peu de ventes malgré les nouvelles plantations) qui ont mené une campagne de dénigrement contre l'absinthe, l'accusant de rendre fou et de tuer. Mais ce qui a probablement rendu fous certains de ses consommateurs fut l'introduction dans le marché d'absinthe frelatée (bon marché), dans laquelle on avait mis des teintures à base de métaux (sulfate de cuivre) et/ou de l'amoniaque. Sans oublier que beaucoup de buveurs d'absinthe avaient un penchant pour d'autres paradis artificiels qui ajoutaient leurs effets à celui de l'alcool...
Il paraît (je dois vérifier) que l'absinthe est à nouveau autorisée à la consommation depuis 2005 en europe et 2007 aux Etats-Unis, mais avec une composition différant légèrement de l'originale. La "Fée Verte", comme certains la surnomment, séduira peut-être les nostalgiques d'une forme de romantisme fou...