Mer noire
Après les clochettes roses de l'article précédent, nous passons, actualité oblige, à la MER NOIRE. Quand je dis "mer noire", je veux parler de la catastrophe de la plateforme pétrolière DEEP WATER HORIZON (propriété de la compagnie suisse TRANSOCEAN LTD, louée à British Petroleum) qui a explosé le 22 avril dernier à 70 km au large des côtes de la Louisiane.
La plateforme, pour une raison inexpliquée, prend feu puis explose en sombrant après 36 heures, faisant 17 blessés et 11 morts. Interrogé, le vice amiral Landry se veut rassurant : "Il n'y a pas de pétrole qui s'échappe du pipe". Mais les faits le contredisent. Si les autorités et les équipes de BP disent récupérer quotidiennement l'équivalent de 25 000 barils, soit à peu près 300 000 litres de brut, à la surface de la nappe, on n'ose imaginer la quantité réelle qui s'échappe depuis maintenant plus de 3 mois de ce tuyau percé au fond de l'océan. On parle à présent de 800 000 litres qui s'échappent quotidiennement. Certains experts ont même avancé le chiffre de 70 000 barils, soit 11 100 000 litres par jour, ce qui donnerait un millard de litres échappés à ce jour ! Et ce n'est qu'une partie de ce que l'on voit en surface... Puisqu'on vous dit que le pétrole se raréfie !
Résultat : le Golfe du Mexique tout entier fermé à la pêche depuis fin avril. Un moratoire est passé pour empêcher la mise en place de nouveaux forages en eau peu profonde, mais 4 permis sont malgré tout accordés. En attendant, la faune et la flore s'asphyxient, les secteurs de la pêche et du tourisme sombrent et une belle portion de l'océan est rayée de la carte. L'atmosphère s'épaissit. Bonnie, une tempête tropicale vient à présent mettre un frein aux travaux en cours. Et les courants marins ? Qu'en fait-on ?
Sur la photo satélite ci-contre, on voit déjà l'étendue des dégâts 6 jours à peine après l'accident. Il faut à présent multiplier par 12 a minima la surface polluée. Je n'ai pas encore trouvé de photo montrant l'ampleur des disconvenues à ce jour.
Mais j'y pense : vous vous rappellez tous ces bateaux-pompes qui lançaient des milliers de litres d'eau sur la plateforme qui venait d'exploser ? Or, l'eau, lorsqu'il s'agit de feu d'hydrocarbure à très haute température, si mon souvenir est bon, a tendance a hâtiser le feu. La chaleur vaporise l'eau et l'hydrogène contenu dans les molécules est un excellent combustible. L'eau se décompose en mélange hydrogène et oxygène, superbement inflammable (utilisé par les chalumeaux de découpe pour les soudure à haute température). Lors d'incendies dans les raffineries, l'eau est utilisée uniquement pour raffraîchir une zone distante du foyer. L'eau de mer réagirait-elle différemment ? Encore une question en suspend...
En ce qui concerne le voyage du goudron par les courants marins, la Floride et le Bayou de Louisiane ne seront pas les seuls milieux atteints. Nous savons que la nappe de carburant est entrée dans un courant de boucle, dit "Loop current", qui atteint les côtes est des Etats-Unis. Hélas, ce "Loop" rejoint parfois un autre courant, bien plus connu : le Gulf Stream, qui traverse l'Atlantique et réchauffe les côtes du nord de l'Europe. C'est d'ailleurs un courant très utilisé par la flore marine pour se diriger. Le pétrole brut est donc en route pour l'Europe et sur son chemin, mêlé pour partie à des produits chimiques dits "dispersants" (Corexit EC9527A et EC9500A)-qui masquent la nappe aux photographies des satélites-, pollue des millions de kilomètres d'océan sauvage. Pleure, ô mon océan bien aimé.
Le site Propublica.org affirme que les deux formes de Corexit, qui est produit par une firme proche de BP, selon le New York Times, fait partie des dispersants les plus toxiques et les moins efficaces et son utilisation après cette catastrophe serait liée à des problèmes de santé, notamment sur les systèmes nerveux et respiratoire. Avis aux amateurs de poiscaille... Toujours d'après Prorepublica.org, BP aurait tout fait pour minimiser l'incident et tenter de réduire les coûts et remettre en route le pompage. L'avenir nous en dira peut-être plus long...
