Ronaldinho
Ronaldinho, c'est le nom donné à un rat géant d'Afrique par son instructeur. J'ai vu ça sur Arte et ça m'a véritablement impressionnée. Certes, nous savons tous que des rats sont utilisés pour le déminage, mais sans plus.
En Afrique, des millions d’enfants et d'adultes se retrouvent mutilés à vie pour avoir marché ou joué au mauvais endroit, là où une mine a été posée en temps de guerre. Les mines sont là, cachées sous terre et restent des dizaines d'années après leur pose, toujours fonctionnelles. Le déminage des zones concernées est un travail de Titan et l'homme s'est trouvé un allié parfait pour ce job dangereux : le rat géant d’Afrique. Cousin des rats, le Crycétomis Gambianus ou rat de Gambie, qui fait partie des sciurognates, est un géant d'environ 2kg qui vit habituellement dans les forêts de la savanne africaine et est, paraît-il, encore consommé dans certaines régions sub-sahariennes.
Dans ce reportage allemand de 2010, nous avons pu découvrir par le menu le travail de l'instruction du rat. D'abord, il faut savoir que si l'on a choisi cet animal pour déminer, c'est avant tout à cause de son poids plume qui ne permet pas de déclencher les mines anti-personnel qu'il détecte. L'école de Ronaldinho, ce jeune rat très prometteur, fait partie de l'Université d'Agriculture de Sokoine, à Grororo, en Tanzanie. Son professeur suit le protocole mis en place par Bart Weetjens, membre du Centre de recherche de l'ONG flamande Apopo. Bart a découvert que ces rongeurs pouvaient détecter le TNT (Trinitrotoluène) grâce à leur formidable odorat. Les rats sélectionnés comme Ronaldinho sont entrainés à l'aide de procédures-réflexes issues des remarques du comportementaliste Pavlov : une punition pour le mauvais réflexe et une récompense pour la réaction attendue, dans ce cas-ci la récompense, sous forme d'une savoureuse bouillie, est donnée dans une seringue sans aiguille que lui tend son instructeur à travers une ouverture de la cage de verre.
Après l'entraînement à la reconnaissance olfactive en cage, Ronaldinho sort sur le terrain, en laisse, et apprend à quadriller des zones bien délimitées qui font la taille d'un petit potager. L'instructeur enfouit un "oeuf" à thé dans lequel il aura pris soin de glisser un sachet de TNT. Et Ronaldinho s'acquitte de sa tâche en grand professionnel. Le voici prêt pour la recherche grandeur nature. Son instructeur ne cache pas sa tristesse lorsque Ronaldinho doit s'envoler pour le Mozambique où il effectuera son travail de routine. Un autre instructeur prendra le relais là-bas. Ce dernier se rendra au préalable dans les petites écoles de brousse pour informer les jeunes élèves de son action et ainsi les familiariser avec les dangers des mines anti-personnel. La présentation de Ronaldinho enchante les enfants.
Vous qui achetez annuellement votre sapin de Noël, vous savez certainement qu'une partie de ce que vous coûte le sac-à-sapin est reversée à la lutte contre les mines anti-personnel, qui était si chère à la Princesse Diana. Idem pour certaines films protecteurs de cachier scolaires. Ce que vous ne savez peut-être pas, par contre, c'est quels sont les pays qui n'ont pas signé la Convention sur l'interdiction de ces mines entrée en vigueur en mars 1999). Il s'agit des plus puissants de ce monde : les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et la Russie (les pays "producteurs" ?). Ca vous étonne ? Alors, ces jambes perdues, ces vies explosées, ces enfants qui trainent la patte ou qui pleurent un parent disparu ou amoindri, c'est à leurs gouvernements que nous le devons. Merci qui ?
Liste des 37 États qui demeurent en dehors de la Convention (signée par 122 pays) :
